« Aux Arts & Métiers on s’est intéressé très tôt à la méthode Demand Driven » Alain Fercoq, directeur du Mastère Performance Industrielle de l’ENSAM

Publié le 07/02/2023

Alain Fercoq est expert en Excellence Opérationnelle, associé au sein du cabinet de conseil SpinPart et directeur du Mastère MPI – Management de la Performance Industrielle – des Arts & Métiers. Il revient pour nous sur plusieurs évolutions marquantes en Excellence Opérationnelle et Supply Chain, notamment l’essor de la méthode Demand Driven, à la base du logiciel BEVOLTA.

- Vous dirigez le Mastère spécialisé MPI – Manager de la Performance Industrielle – des Arts & Métiers depuis près de 10 ans, que viennent chercher les jeunes dans cette formation ?

Il s’agit d’un Mastère spécialisé en formation continue qui s’adresse principalement à des étudiants de niveau bac+5 qui veulent se spécialiser, dont 80% sont issus de cursus ingénieur. Il y a aussi des professionnels qui souhaitent se spécialiser après 5 ans d’expérience minimum, je pense par exemple à des militaires qui ont une expérience en logistique militaire et qui veulent approfondir leur expertise Supply Chain.

Les stagiaires sont séduits par la double approche Excellence Opérationnelle / fondamentaux de la Supply Chain qui donne une bonne compréhension de l’ensemble de la chaîne de valeur, leur permettant de viser par la suite des postes transversaux de direction orientés vers l’amélioration de la performance et des processus, par exemple à la direction de la performance industrielle. Dans le contexte économique actuel, ce sont des métiers plus que jamais stratégiques.

- Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le concept d’Excellence Opérationnelle ?

L’Excellence Opérationnelle vise à aider l’entreprise à développer sa compétitivité en cherchant à optimiser sa création de valeur vis-à-vis de ses clients et de son marché. Derrière cette notion il y a l’idée de supprimer tout ce qui n’a pas de valeur sur l’ensemble la chaîne de valeur de l’entreprise. On développe sa compétitivité en contribuant à augmenter le chiffre d’affaires et plus largement la performance économique.

Un autre volet clé de l’Excellence Opérationnelle est le travail sur la dimension organisationnelle, à travers la responsabilisation, la mobilisation et la motivation des différents acteurs. En travaillant sur cette dimension humaine, l’idée est de rendre les salariés plus motivés mais aussi plus employables au sens large.

Enfin on cherche à travers l’Excellence Opérationnelle à améliorer les pratiques de manière continue, c’est un cycle sans fin. Il y a un véritable aspect culturel dans cette simplification de l’ensemble des processus. Ces démarches font appel à des méthodes de Lean Management et à l’approche Six Sigma, qui visent à améliorer la performance au sens de la variabilité des processus. Cela intègre les dimensions numériques et, de plus en plus, la performance environnementale via l’intégration Lean Green.

- Il est effectivement beaucoup question de transition numérique dans vos programmes, qu'en est-il y du volet environnemental ?

Il y a eu deux principales innovations intégrées ces dix dernières années. La dimension numérique au service de l’amélioration de la performance opérationnelle d’une part, et une dimension « Lean Green » qui consiste à améliorer la performance au sens environnemental. Cet aspect m’est particulièrement cher dans la mesure où je me suis intéressé à la RSE il y a dix ans, quand j’ai décidé d’engager une thèse doctorale sur l’intégration du lean et du green. J’ai soutenu en 2014 cette thèse centrée sur l’efficience matière et la question des déchets. Puis en 2022 j’ai amorcé un travail de transposition de la notion d’efficience matière vers la notion d’efficacité énergétique – on est dans l’actualité – avec des approches méthodologiques qui permettent d’améliorer la performance sous l’angle énergétique. C’est effectivement une composante qui se développe et qui devient incontournable.

On crée d’ailleurs des ouvertures en proposant aux étudiants des cycles de conférences pour approfondir ces thèmes d’actualité. C’est dans ce cadre que j’ai cocréé un groupe professionnel – instance au sein de la Société des Ingénieurs des Arts & Métiers – sur la thématique du Développement Durable et de la RSE.

- Votre programme aborde-t-il la nouvelle méthodologie Demand Driven dans le pilotage et l’optimisation de la supply chain, dérivée notamment du Lean ?

Absolument, on se doit d’être à jour des nouvelles méthodologies innovantes. Stefan Krusselmann du cabinet SpinPart présente une introduction au DDMRP – Demand Driven Material Requirements Planning – thématique qui a été intégrée au parcours il y a quatre ans.

- Cette nouvelle vision qui consiste à se focaliser sur la demande réelle avec les flux tirés, n’est-elle pas vouée à se généraliser – voire à supplanter l’approche classique du MRP – dans le contexte volatile et incertain qui marque notre époque ?

Pour le pilotage d’une supply chain je pense qu’on ne peut pas opposer les deux approches MRP et DDMRP, dans la mesure où on doit avoir une visibilité sur un horizon plus ou moins long terme via le S&OP – Sales & Operations Planning – jusqu’à trois ans voire au-delà. Je pense notamment à certains secteurs comme l’industrie aéronautique, où on doit pouvoir faire de la prévision avec de l’ajustement capacitaire par rapport aux prévisions de charges.

Sur des horizons plus court terme en revanche, on doit désormais être davantage dans un mode d’ajustement serré, dynamique, c’est extrêmement important. Dans ce sens la logique du DDMRP est vraiment pertinente, avec un mix du flux tiré et du management visuel de la performance. La démarche est aussi très intégratrice par rapport à des aspects fondamentaux comme le positionnement de stocks de découplage. À mon sens elle est complémentaire par rapport à la planification classique, mais cette complémentarité est à construire.

L’approche Demand Driven fait clairement partie des innovations auxquelles on s’intéresse aux Arts & Métiers. Le groupe professionnel Excellence Operationnelle et Supply Chain présidé par Robert Canonne qui suit ces sujets d’optimisation de la supply chain de longue date – il enseignait le Kanban aux Arts & Métiers il y a 40 ans – a d’ailleurs organisé une conférence sur le DDMRP il y a huit ans déjà. Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler compte tenu du succès que rencontre cette nouvelle vision.

Propos recueillis par Ghislain Journé.